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IZUMI MIYAZAKI

Agée de 21 ans, la jeune femme se met en scène dans des situations pince-sans-rire où elle se multiplie, se miniaturise, quand elle ne devient pas l’objet de ses propres fantaisies.

Les sourires sont absents dans ses images qui sont autant d’instantanés comme pris sur le vif, savamment retravaillés.

L’exercice est éminemment narcissique mais on est loin du selfie.

Avec une neutre espièglerie, Izumi Apparaît un couteau à la main, dans une pluie de grain de riz ou sous un oeuf liquide, la tête tranchée en deux ou décapitée dans un jus de tomate, le corps désarticulé, allongé sur le bitume ou en suspension, traquant des soucoupes volantes ou immergé dans un brocoli. L’intime et l’urbain, le nocturne et l’humain forment un paysage étranger à sa propre réalité. Les rares traces de connivence avec l’objectif, il faut les chercher dans ce clin d’oeil perdu dans un décor de banane ou dans le corridor carrelé d’un passage souterrain bombardé de lumières. Là, les genoux au sol, Izumi a placé l’une de ses mains au coin de la bouche en signe d’une improbable confidence chuchotée chez cette jeune femme-enfant.

On perçoit bien sûr des influences. On pense à Magritte. Tomoyuki Sakaguchi cite étonnamment le Douanier Rousseau et convoque pêle-mêle les groupes et artistes féminins Kyary Pamyu Pamyu et Dempagumi.inc. La jeune photographe préfère évoquer les univers lynchien ou hitchcockien de la photographe américaine, tel Alex Prager qui «construit toutes ses images elle-même».Elle se dit inspirée par l’artiste japonaise Miwa Yanagi chez qui «toutes les femmes, ironiquement, ont lamême expression et sont privées de personnalité ». Izumi s’est «amusée» également à se démultiplier dans une déclinaison «d’androïde et de robot» de son personnage. L’enfant unique s’est trouvée des copines de jeux et de confidences. née à Yamanashi, basée à Tokyo, auteure d’un Tumblr de 4000 abonnés remarqué par de nombreux blogueurs photo.

La fraîcheur et l’originalité des autoportraits de la photographe, diffusés régulièrement sur leWeb, ont conquis les internautes, friands d’images nouvelles. Celles d’Izumi sont surréalistes. La jeune Japonaise n’est pas seule dans ses photos. Elle y est dédoublée, comme dans l’image ci-contre: une Izumi dans une Izumi qui regarde Izumi. Elle y invite sa sœur jumelle imaginaire et ses copines clones, toutes aussi mignonnes qu’elle:

«Enfant unique, je me dédouble pour me sentir moins seule.» Elle surgit aussi dans des brocolis, ou avec des baguettes de pain lui faisant comme des cornes sur la tête, maniant Photoshop aussi facilement que sa brosse à dents. Ses inspirations visuelles sont plus proches «de Magritte, d’Alex Prager, des séries télévisées et des magazines de mode» que de l’oeil maléfique de Ring avec ses fantômes échappés des écrans vidéo. Elle explique son succès par son apparence de fille lambda, petite, coupe au carré et visage de lune, loin des clichés de la mode. Comme Amaterasu, la déesse japonaise du soleil née dans l’oeil gauche de son père, est elle le regard de la génération C (communication, connexion, créativité, collaboration, crise)? Depuis peu, elle a arrêté de poster ses images sur Internet, laissant un vide, car elle cherche du travail.