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EIKOH HOSOE
UKIYO-E PROJECTIONS
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Le monde flottant d’Eikoh Hosoe :

 

 

À travers ses séries les plus marquantes telles Man and Woman, Embrace, The Cosmos of Gaudi, Ordeal by Roses ou encore Kamaitachi, c’est toujours l’essence des choses, suspendues dans le temps, qu’Eikoh Hosoe s’attache à mettre en scène de manière théâtrale.

 

Inspiré par le bouddhisme et le shintoïsme, nourri des œuvres de ses contemporains américains tels Ansel Adams, Bill Brandt ou Edward Weston et de ses rencontres marquantes avec divers grands artistes et créateurs de son temps, tel le fondateur du Butoh Tatsumi Hijikata ou l’écrivain Yukio Mishima, depuis plus d’un demi-siècle, l’art d’Eikoh Hosoe s’est transformé et épanoui, à l’image du maître dans sa quête imperturbable et sacrée du Beau.

 

Dès ses débuts, il fut fasciné par le corps, par la recherche visuelle sur le nu et par son architecture. Au-delà des simples considérations esthétiques et graphiques, il s’est posé la question de l’identité et du moi en décrivant la qualité sensuelle de la chair, en sondant les corps nus, en les magnifiant, en les faisant communier avec d’autres formes presque abstraites.

 

« Ukiyo-e Projections, Eikoh Hosoe’s Photographic Theater » rend hommage à la danse, au Butoh, au mouvement du corps, à l’Ukiyo-e (le monde flottant) et à l’érotisme. « Au XX ème siècle, le noir et blanc a dominé tout mon travail photographique. Mais au passage du XXI ème, j’ai senti la nécessité de faire des photos en couleurs, comme un signe de renouveau. À mes yeux, le Butoh a toujours été une forme d’Ukiyo-e moderne », explique-t-il. Le Butoh, appelé aussi « la danse des ténèbres », est cette expression corporelle d’avant-garde japonaise créée à l’après-guerre en réponse au drame de la bombe atomique et qui influença par la suite toute la danse contemporaine occidentale.

 

Pour immortaliser l’Asbetos, cet atelier mythique de Butoh et leurs fondateurs Tatsumi Hijikata et Akiko Motofuji, aujourd’hui tous disparus, Eikoh Hosoe a décidé d’investir les lieux une dernière fois. Grâce à un jeu de projection éblouissant, plusieurs danseurs au corps quasiment nus et entièrement peints de blanc, mis en scène par le photographe ou prenant la pose naturellement, se sont retrouvés tapissés de la tête au pied par des sujets d’Ukiyo-e et de Shunga (estampes érotiques) des anciens maîtres Harunobu, Utamaro et Hokusai, tels des tatouages grandeur nature. Les images de corps des estampes se mélangent sensuellement et inextricablement aux vrais corps nus des modèles en une nébuleuse esthétique qui prend une quatrième dimension.

 

Christine Cibert.